«La gendarmerie ne doit pas devenir une police de campagne»
RÉFORME POLICIÈRE | Pierre Aepli, commandant de la police cantonale jusqu’en 2002 et consultant en sécurité de renommée internationale, ne croit pas au compromis négocié avec les communes et défendu par le Conseil d’Etat.
JOËLLE FABRE | 21.03.2009 | 00:05
Posé, sans colère, Pierre Aepli a la critique constructive. Pas d’états d’âme. Juste la clairvoyance de l’âge et le considérable bagage acquis sur le terrain. L’homme qui a dirigé pendant vingt ans la police cantonale reste très fortement impliqué dans les questions de sécurité. Depuis 2002, il officie comme consultant dans différents pays. En particulier dans les Balkans, les anciennes républiques soviétiques et plus récemment à Gaza. On ne se refait pas. Même sans mandat, Pierre Aepli n’a pas manqué d’étudier par le menu la version soft opposée par le Conseil d’Etat à l’initiative d’Artagnan lancée par les gendarmes. Il livre son avis «en simple citoyen».
– Pourquoi ne croyez-vous pas au projet défendu par le Conseil d’Etat?
– Je ne suis pas totalement négatif. Ce projet contient quelques avancées, comme la réduction du nombre de polices et l’harmonisation des statuts. Mais il ne les place pas dans un carde qui constituerait un réel progrès.
- Quel est le principal défaut de ce compromis?
– Son défaut majeur est d’affaiblir la police cantonale et d’écarter la gendarmerie du terrain. Cette dernière devient clairement une police de campagne. Elle devra quitter les zones d’entente, autrement dit les villes, et boucher les trous dans l’arrière-pays. Cela ne correspond pas aux besoins de lutte contre une criminalité sérielle devenue extrêmement mobile. Cette nouvelle donne nécessite une approche globale, des contacts avec les cantons voisins, une grande flexibilité dans l’engagement des moyens, ce qui n’est possible que si le système opérationnel est placé sous un seul commandement.
– Ce n’est donc pas une bonne idée d’accorder plus de compétences aux polices municipales?
- Le problème, c’est qu’elles deviennent les acteurs principaux de la sécurité. Il n’est pas judicieux d’affaiblir la police cantonale, la seule à même d’avoir une vue d’ensemble, la seule à disposer des contacts nécessaire ainsi que de spécialistes et de matériel pointus.
– Cette réforme présentée comme lénifiante ne supprimera pas la concurrence entre les polices?
- Pire. Elle risque d’amplifier les rivalités en renforçant les baronnies. La lutte entre egos va vraisemblablement continuer de plus belle. Le potentiel de conflit reste énorme. Les polices municipales accepteront dificilement que des objectifs supérieurs prennent le pas sur leurs intérêts locaux et se considéreront comme seules compétentes sur leur territoire.
– Tous les corps de police seront pourtant sous l’autorité du futur commandant de la police cantonale. Par ailleurs, un Conseil cantonal de sécurité composé d’élus est chargé de définir la stratégie sécuritaire.
– Beaucoup de poudre aux yeux! Ces organisations où c’est un soviet qui décide, je n’y crois guère. On se fait des illusions sur l’efficacité opérationnelle de ce système participatif. Quels types d’objectifs pourront y être traités? En tout cas pas les opérations nécessitant des réactions rapides et le déploiement de moyens à l’échelon régional ou cantonal. La cohérence entre le renseignement, la décision et l’engagement des moyens n’est pas assurée. Seule une police unique permet d’atteindre cette intégration opérationnelle, gage d’efficacité. Dans cette affaire, c’est non seulement la police cantonale qui perd du pouvoir, mais aussi le Conseil d’Etat qui, en s’entourant de municipaux, diminue son rôle et son importance dans le domaine de la sécurité.
– Voulez-vous dire que le gouvernement vaudois va perdre le contrôle de la sécurité sur le territoire cantonal?
- Il accepte en tout cas de partager et, pour moi, c’est au détriment de ce que la situation sur le terrain exige. Par ailleurs, face aux cantons qui ont mis en place des systèmes plus unifiés, les Vaudois auront de la difficulté à parler d’une seule voix. Le gouvernement se place en position de faiblesse pour négocier au plan suisse et intercantonal. Je ne comprends pas l’attitude du Conseil d’Etat qui, vulgairement dit, se tire une balle dans le pied.
– Ce compromis est présenté comme un premier pas vers une police vraiment unique. Qu’en dites-vous?
– Cet accord qui pérennise la position des polices municipales rend plus difficile la création d’une seule police. Ce mauvais système est fait pour durer. Seule l’acceptation de l’initiative d’Artagnan déboucherait sur une vraie amélioration.
La réforme policière en main du Grand Conseil
Entre l’initiative d’Artagnan, qui réclame une police unique, et la motion de Josiane Aubert pour une simple coordination des diffé
rents corps de police, le Conseil d’Etat a décidé mercredi de privilégier le compromis — à savoir, la réforme soft élaborée en partenariat avec les communes.
Après dix-huit ans d’enlisement, le dossier de la réforme policière est enfin sorti de l’ornière», s’est réjouie hier en conférence de presse la conseillère d’Etat Jacqueline de Quattro, manifestement désireuse d’accélérer la manœuvre. «C’est un projet consensuel, cohérent et bien pensé, qui permet de sortir du statu quo» a-t-elle défendu. Tout en reconnaissant qu’il aurait été plus simple et plus efficace du point de vue opérationnel de supprimer les polices municipales. «Les résistances étaient beaucoup trop fortes, il y avait trop d’obstacles à la réalisation d’une police unique», a justifié Jacqueline de Quattro en évoquant, entre autres difficultés, le transfert au canton de 900 agents municipaux sans formation judiciaire.
Le Conseil d’Etat a donc demandé hier au Grand Conseil de soumettre au vote l’initiative d’Artagnan assortie d’un préavis négatif et d’autoriser la ratification de l’accord signé fin 2008 avec les communes. Ce compromis fera office de contre-projet indirect à l’initiative des gendarmes. Une commission de 17 députés planchera sur cette proposition. Le scrutin aura lieu au plus tôt en juin, plus probablement en septembre. A moins que le Grand Conseil refuse de suivre le gouvernement et opte pour l’initiative. Dans ce cas, la votation serait annulée.
JO. F.
Votation du 27.09.09
Des questions ?
Vous avez une question concernant le projet de Police Unie ? Contactez-nous, nous y répondrons volontiers !
Recommander ce site !
Derniers posts
- La réserve opérationnelle, un de mes rêves (Samedi, 26 Septembre 2009)
- sécurité ≠ judiciaire, selon les communes. (Samedi, 26 Septembre 2009)
- OUI ou NON (Vendredi, 25 Septembre 2009)
- @ J-D Devaud (Vendredi, 25 Septembre 2009)
- le nom de la police (Vendredi, 25 Septembre 2009)
- La réserve opérationnelle, un de mes rêves (Vendredi, 25 Septembre 2009)
- justement (Vendredi, 25 Septembre 2009)
- moi aussi (Vendredi, 25 Septembre 2009)
- ce que les gens des villes doivent savoir (Vendredi, 25 Septembre 2009)
- pas d'accord (Vendredi, 25 Septembre 2009)
- Toute la Cantonale plus une partie des Municipales = majorité (Vendredi, 25 Septembre 2009)
- Pseudo violences à Lausanne (Vendredi, 25 Septembre 2009)
- Conférence de presse (Jeudi, 17 Septembre 2009)
- Conférence de presse (Mercredi, 16 Septembre 2009)
- Conférence de presse avec Mme DE QUATTRO (Mercredi, 16 Septembre 2009)
- On nous prend vraiment pour des ... !!! (Mardi, 15 Septembre 2009)
- Drogue et violence à Lausanne, Le Matin 15.9 (Mardi, 15 Septembre 2009)
- Les contraintes... (Samedi, 12 Septembre 2009)
- En cas de OUI (Vendredi, 11 Septembre 2009)
- Les contraintes... (Vendredi, 11 Septembre 2009)


